LE POLYAMOUR, SES ESPOIRS ET SES EMMERDES…

« Le polyamour, c’est accepter de laisser naître l’amour alors qu’on est déjà engagé ailleurs. C’est ne pas étouffer les petites étincelles que la plupart refuse de laisser pousser. C’est accepter d’être entier avec plusieurs. C’est beaucoup donner et énormément recevoir. C’est épuisant, et souvent mal compris, c’est difficile à assumer publiquement, mais c’est merveilleux».

Je pars en novembre dernier pour un voyage dans le désert tunisien découvrir le travail de Byron Katy. C’est la révélation. Je retrouve la paix alors que j’étais en train de tomber en dépression. Ce travail me libère -pleinement, joyeusement-, je me sens pousser des ailes.

Peu avant de partir, j’avais rencontré un beau gosse parisien, écorché et sensible, avec qui je venais d’entamer une relation épistolaire. Mariée depuis 6 ans, je pensais arrêter cette histoire en partant dans le désert. Au lieu de ça, je découvre un nouveau concept : le fameux polyamour.

Magique : on pourrait aimer totalement librement, loin de la jalousie, de la possession et des limites que suppose une seule et unique relation amoureuse. On pourrait respecter ses élans du cœur, aimer profondément plusieurs personnes et vivre plusieurs relations complètes, en confiance, avec honnêteté et respect. Loin des lois de l’appartenance, mais en connexion avec ses ressentis.

J’ai trouvé ça beau, doux, et très authentique. L’amour reprenait ses droits, libre et indomptable, reconnu dans ce qu’il a de plus profond, sa fougue et sa subtilité, sa fragilité et ses forces.

Quand on sait que presque un couple sur deux divorce avant 10 ans, il semble légitime d’envisager de nouveaux fonctionnements. Et urgent de se libérer de l’injonction « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Non, la vie en couple n’est pas toute rose. Non, l’épanouissement personnel ne passe pas qu’à travers la parentalité. Oui à la réalité et aux mouvements de la vie.

Pour ma part, c’est une évidence, j’ai toujours pu aimer plusieurs hommes. Je suis hyper fidèle, que la relation soit terminée ou pas commencée quand j’aime, c’est pour longtemps, inscrit.        Je pensais que j’avais  un problème, et cette nouvelle manière d’envisager l’amour m’a soulagée d’un profond sentiment de culpabilité que je traîne depuis longtemps, depuis toujours.

Romantique, amoureuse, entière et passionnée, j’ai vraiment cru en mon mariage et en ma capacité à me « caser ». Les valeurs de la famille m’avaient convaincues : surmonter le défi du temps, préserver ses enfants de séparations multiples, nourrir son intimité avec l’être aimé, surmonter les épreuves ensemble et devenir un couple durable. J’y ai cru, je l’ai vécu, j’ai aimé, j’ai évolué.

Ce nouveau concept a été comme une bouffée d’air que je m’étais interdite. Interdit de le penser, interdit de le rêver, interdit de le concrétiser. Il fallait de l’ordre et de la hiérarchie dans les relations, chacun sa place, chacun son temps, l’amour avec un début et une fin ! Et puis il fallait respecter l’histoire d’amour que nous nous étions racontée et les règles que nous avions fixées. Nous ? Ou les diktats familiaux qui régissent la construction de l’amour et de la famille depuis toujours?

Je ne pense pas que nous mesurons l’impact de nos conditionnements sur notre manière de construire nos vies et de chercher le bonheur.

Ça faisait presque 7 ans que j’étais avec un mari super, un vrai mec bien avec qui nous avions déjà surmonté vents et marées. Mais notre relation avait perdu de sa fraîcheur, de son élan, de sa pureté. On s’enlisait dans certains conflits, nous étions moins complices, nous nous écoutions moins, et les moments passés ensemble devenaient plus ternes sans même que nous nous en rendions vraiment compte. Plus d’un couple vivent cette transition et plusieurs choix s’offrent à eux : savourer pleinement le confort qu’apporte la relation –sécurité affective, complicité, confiance, projets communs et accepter les manques et les limites avec humilité. Ou changer les règles, s’agiter, ne pas se résigner, continuer à chercher et à lutter pour retrouver toutes les  nuances de couleurs dans sa vie intime et amoureuse, se confronter …

Dans mon cas, le choix s’est imposé : bouger vite et fort. Mon ex-conjoint a d’abord semblé convaincu par le polyamour. Ce vent nouveau souffla le goût des retrouvailles, des corps et des esprits. Il aimait ma nouvelle liberté d’être. Et puis nos limites nous ont rattrapées : sentiment de trahison, incapacité à respecter la liberté de corps de l’autre, jalousies, amertumes, souffrances, reproches et jugements… Et les rencontres mènent à d’autres chemins. Il décide assez rapidement de se réinvestir dans une nouvelle relation, sérieuse et monogame.

De mon côté, j’essaye de m’accrocher à ce nouveau concept pendant un moment, encaissant le deuil de notre mariage et celui d’une famille unie. J’avais lu « Aimer plusieurs hommes », de Françoise Simpère. Je suis jalouse, avec son mari ils ont réussi à préserver leur équilibre familial, et leur liberté d’aimer dans l’instant ou pour longtemps d’autres partenaires. Je dois faire le deuil de cette option, et digérer la rupture. Mais je suis certaine, qu’à défaut de faire perdurer mon couple marital, le polyamour a mis de la douceur dans notre séparation.

Je continue quelques temps à vivre plusieurs relations, avec des hommes dont je me sens sincèrement amoureuse qui vivent dans différents endroits du monde.  Je n’ai pas d’antidote contre la jalousie, la peur de perdre l’autre, la difficulté à partager, les angoisses de séparation.

Alors je lis, échange, et cherche un nouvel équilibre, alternant des périodes seule et d’autres accompagnée. Je finis par aller à une rencontre entre polyamoureux à Paris. C’est un temps de partage d’expériences, de questionnements, d’expression de ses difficultés. Certains témoignages sont bluffants, des années de polyamour avec enfants et familles et le tout dans la joie et l’équilibre ! Ils témoignent que cela est possible, dans le respect et l’amour de chacun.

Ici non plus, ils n’ont pas de recette contre les peurs, les jalousies, les inquiétudes concernant les enfants, et le fait d’assumer une vie affective marginale. Mais ils entretiennent beaucoup de dialogue dans leurs relations, sont intègres vis-à-vis d’eux-mêmes et de l’autre. Je rencontre là des petits chercheurs en Amour. L’ambiance est chaleureuse, le débat vivant, chacun mène sa propre expérience, sur des mers plus ou moins agitées.

En dehors de cette espace bienveillant, malheureusement, je n’ai pu qu’observer à quel point il est difficile d’échanger sur ce sujet sans subir l’assaut des jugements négatifs. Il est bien plus difficile de remettre ses croyances en question que de juger une vieille amie aux « mœurs légères ».

Pourtant le polyamour se veut avoir une éthique : ni trahison, ni tromperie, une liberté partagée, du dialogue, de la confiance, du respect, de la transparence et de l’honnêteté.

J’ai pu mesurer à quel point ce concept pouvait être méprisé par les uns, inconcevable  ou encore synonyme de grande instabilité pour les autres  … Le simple fait de l’évoquer semblait produire un effet suffisamment insécurisant pour enclencher des mécanismes de mise à distance puissant : jugements, rejet, agressivité… Et puis les amalgames se font nombreux ; avec le libertinage, l’échangisme, la sexualité libre, les relations libres. Il m’a semblé difficile d’ouvrir la réflexion de manière douce et constructive.

La définition du polyamour est pourtant simple : « Il s’agit d’entretenir des relations amoureuses avec plusieurs personnes simultanément. Ces multiples relations se vivent avec le consentement de toutes les personnes impliquées ». Je vous l’accorde dans la vie, les choses se compliquent ; organisation, disponibilité, énergie, gestion de ses émotions, enfants…

Et le polyamour fait peur, tellement peur que j’ai fini moi aussi par lui en vouloir et penser que c’était de la poudre aux yeux, une belle illusion furtive et insaisissable… En un an, j’ai essuyé trois ruptures, mon ex-mari, et deux amoureux. Les hommes ont du mal à imaginer partager l’amour et le corps de « leur promise ». Et puis malgré moi, je demande de l’engagement, à travers des sentiments partagés et exprimés.

J’ai fini par abdiquer, par me convaincre qu’une belle relation était suffisante, et je ne voulais pas perdre ce nouvel amoureux, issu d’une famille conservatrice et qui ne pouvait pas envisager un tel bouleversement de ses valeurs .Entre lui et le polyamour, j’ai choisi…

Il est difficile de sortir des schémas traditionnels même si ils sont éprouvants. Passés les premiers mois des lendemains qui chantent, nous savons tous que l’histoire, souvent, se complique.

Quoiqu’il arrive, le fait d’avoir accueilli et expérimenté ce concept m’a permis de trouver une nouvelle indépendance affective. J’ai mesuré que chaque situation a ses avantages et ses inconvénients. Que vivre l’amour est toujours aussi émouvant et que la solitude apporte d’autres bonheurs.

 Je vous invite à imaginer un instant :

Si l’amour pouvait se vivre dans le total respect de l’autre, reconnaissant profondément son individualité et son être sacré loin des croyances limitantes. Si l’amour pouvait être vécu en toute sincérité, sans aucune possessivité, aimé simplement, en toute sécurité, sans peur et sans attente, en reconnaissant la beauté insaisissable de son partenaire amoureux… Imaginez-vous, ne plus avoir à  faire le deuil des premiers émois, des premiers regards et des frissons que procure la présence du nouvel amour, sans que cela viennent abimer une relation plus construite – voir même que cela puisse la renforcer. Imaginez-vous une sexualité profondément respectueuse de votre désir, saine et vivante, s’autorisant à découvrir de nouveaux amants. Imaginez-vous des relations avec ces fréquences-là, respectueuses de soi-même, de l’autre, de ses sentiments et de ses désirs… J’ai fait ce rêve et je suis retombée sur terre. Mais il valait le coup, ne serait-ce que pour vivre ma liberté de penser…

Les cafés poly ont lieu les 4e mardis du mois au Café de Paris dans le 11e et un peu partout en France. Toutes les infos sur le site Polyamour.info ou sur la page Facebook.

 

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