Le droit de choisir- Scolarisation ou non ?

Je regarde mon fils ; Il a 4 ans, des yeux en amande, son être est une profondeur, à l’image de tous les enfants du monde. Non, il ne va pas à l’école.

Il peut passer un temps incroyable à se concentrer, inventer, évoluer, dans un monde qui me dépasse, son monde.  Dans son monde, il y a des histoires, des défis, des conflits. Dans son monde, il y a de la poésie. Dans son monde, il y a le goût de la vie, de l’apprentissage, de la rencontre, du challenge. Il est curieux, éveillé, et sociable pour les sceptiques. Alors oui, il prend son temps, respect son rythme –tant pour l’entrée en relation, que pour les apprentissages : il n’est pas plus ou moins rapide, intelligent, ou sage… Il est lui, intègre et subtile. Il se construit en douceur et en violence ; à l’image de la vie mais loin du poids de l’institution.

Le déclic a émané du film « Etre et devenir ». Il a deux ans quand tout bascule, dans mon monde cette fois. Ce film me scotche à mon canapé, je sais que plus rien ne sera comme avant. Un cran a lâché, une porte s’est ouverte ; celle des possibles. Je suis en colère ; pourquoi les choix qui se proposent à moi sont toujours aussi marginaux et difficile à faire! J’invite le papa à regarder le documentaire en le prévenant : il y a un avant et un après. En effet, nous sommes chamboulés : et si c’était possible…  Et si on osait ? Pour respecter nos valeurs, nos idéaux, nos expériences et surtout notre fils et sa vie, sa vie intérieure…

Face à une décision aussi angoissante et difficile à prendre, face aux regards inquiets de la famille, et accusateurs de la société, il faut sortir l’artillerie lourde : Lire, comprendre, analyser, échanger, rencontrer – être prêt à se défendre, arguments à l’appui.

Nos expériences à l’école, les nôtres- parents, et celles de nos amis, camarades nous ont laissé des traces. Que ce soit son papa ou moi, nous n’avons pas souffert de difficultés scolaires, mais ce n’est pas mieux : Stress, pression, ennui profond, lassitude, mauvaise orientation. Et en tant qu’être sensible nous avons été touchés par le désastre que peut produire la scolarisation chez certains : moquerie, échec, dévalorisation, exclusion, harcèlement … Non l’école ne nous semble pas l’unique solution pour développer ses potentiels, ni l’assurance d’une vie plus riche ou plus équilibrée.

Du coté le plus critiquable, l’école peut sembler être une véritable jungle ou certains adultes oublient de considérer l’enfant ou l’adolescent avec respect et comme un être à part entière ; une personne précieuse avec son histoire, sa construction,  ses aptitudes et ses compétences, sa complexité, sa singularité, sa dualité. Et ou le savoir-être n’est pas toujours une compétence travaillé entre enfants et accompagné de l’expérience des adultes.  Le risque majeur me semble être la destruction du gout d’apprendre, de la curiosité : hiérarchie, classement, compétition peuvent impacter le désir de l’enfant. Malheureusement, l’école peut casser des rêves,  et oublie trop souvent de transmettre des règles de savoir vivre indispensable : empathie, coopération, confiance en soi, écoute et respect de ses émotions et de celles des autres, connexion à son intuition et à ses profondes aspirations…

Je suis aussi désolé du manque de formation des enseignants : je suis tombé de haut en découvrant le travail de grands pédagogues : Montessori, Steiner, Freinet et de mesurer à quel point toutes ces connaissances ne sont pas valorisées par l’éducation nationale. Récemment Céline Alvarez vient appuyer avec ses dernières recherches l’importance d’intégrer les pédagogies alternatives (notamment celle de Maria Montessori) au cœur de l’école public. A quand ces nouvelles mesures ?

Nous pouvons observer que l’école commence à bouger, et que certains enseignants redoublent d’effort pour se former et nourrir leur profession de nouveau savoir-faire et savoir-être.  Il serait injuste de jeter la faute aux professeurs qui font face à de nombreuses difficultés ; classe en surnombre,  programme rigide, règles stricts, usure professionnelle… Ceci-dit, il est de leurs responsabilités de se mettre en mouvement, de dénoncer les difficultés et de chercher des solutions qui se verront bienveillantes pour les enfants.

Pour  toutes ces raisons la ‘non scolarisation’ de notre fils a été envisagée, s’ajoutait à cela l’envie de lui faire découvrir le monde en voyageant, et  le souhait  de préserver son rythme : Ses besoins de repos et de calme alternant avec ses besoins d’activités et de stimulations mais en résonance avec son état intérieur.

Une psychanalyse décrit ‘le homescholling’ comme une école ‘utérinisé’, qui  éviterait aux parents la confrontation avec d’autres éducateurs, et leurs permettraient de garder tout contrôle sur leurs progénitures, les coupants du monde extérieure et de nouvelles expériences.

Cette analyse me semble tellement loin des familles que j’ai eu la chance de rencontrer autour de mes questionnements concernant l’école. Les parents qui font le choix de l’école à la maison, ceux avec qui j’ai pu échanger grâce au réseau d’instruction en famille m’ont semblé avoir quelques points communs : ouverture sur le monde et sur l’autre, recherches perpétuelles de nouveaux modèles d’éducation, de méthodes, de rencontres et d’échanges. S’adaptant aux intérêts de l’enfant, restant attentif à ses besoins et à son évolution, soucieux et à l’écoute. Avec une remise en cause régulière de leurs choix, impliquant de la communication entre la famille. Une quête d’harmonie, de respect de chacun, de solution adaptée à tous.

Les enfants que j’ai rencontré paraissent à l’aise en société, ils entrent facilement en contact entre eux et avec les adultes.

Il serait absurde de croire que la scolarisation à la maison est la solution pour tous et de réduire mon propos au fait d’être contre l’école. Evidemment, la scolarisation est aussi source d’enrichissement, permet d’acquérir des connaissances, de découvrir les règles de vie en société et de développer des compétences relationnelles. Les enfants qui sont scolarisés ne subiront bien heureusement pas tous les déboires cités plus haut. Et comme toute expérience, il y a du bon à prendre, y compris dans l’adversité.

Je ne dis pas que mon fils n’ira jamais à l’école, ni que la scolarisation à la maison est la solution rêvé pour lui et encore moins pour les autres. Cette solution actuelle a des avantages et des inconvénients, elle engendre certaines difficultés et en évite d’autres. Il est évident que chaque famille cherche son équilibre, mêlant vie privée, familiale, affective, professionnelle et sociale. Et que l’école reste une chance pour beaucoup.

Je dis par contre haut et fort que l’école ne garantit en rien un avenir plus épanouissant et plus joyeux et que la liberté de choisir reste primordiale.Je dis aussi qu’il est urgent d’élever le débat, de ne pas se limiter à ses croyances afin de nourrir la réflexion. Et enfin, que j’espère que l’école public, motivée par les connaissances de grands pédagogues, par les dernières découvertes en neuroscience, par l’expérience des pays du Nord, et par les difficultés observées ces dernières années dans nos écoles prendra le problème à bras le corps ! Dans l’espoir d’une école plus adaptée aux besoins de l’enfant, plus douce et plus joyeuse.

« Si l’apprentissage consiste à s’encombrer la mémoire et non à se faire plaisir, se fatiguer et non s’émerveiller, bachoter et non voyager dans une infinité de monde, alors l’incompréhension guette le sujet. A l’inverse, la compréhension devient une expérience qui rend heureux. L’école devrait être le lieu de cette expérience et de cette joie-là.  Faire comprendre et susciter l’envie de comprendre devrait être le premier talent d’un pédagogue » Clarice Lispector

 

 

 

 

 

 

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