Projet collectif et quête d’autonomie ; un objectif de vie qui fait sens ?

Un collectif, le vivre ensemble, prôner l’autonomie et l’indépendance, reconquérir des territoires, respecter l’environnement, promouvoir l’accès à la culture, incarner ses valeurs de tolérance, de solidarité ainsi que son militantisme politique dans son quotidien ; un défi de taille qui nous attire de plus en plus nombreux …

A la recherche de sens et d’harmonie, s’ajoute  le refus des valeurs du monde du travail ; de la concurrence à la production jusqu’ à la consommation, de l’écrasement de l’individu au profit du bénéfice, du manque de moyens qui épuise, s’additionne  le besoin de retrouver ses racines ; un retour à la terre, à l’agriculture douce et respectueuse.

Je retrouve ici bon nombre de semblables ; des Âmes sensibles, souvent hyper actifs ; intéressés par de nombreux sujets, ayant besoin de respecter un rythme souvent soutenu et de mener plusieurs projets à la fois.

En plus de multiples savoir-faire, d’une vie riche de stimulation, je retrouve chez ces jeunes trentenaires interviewés de forte capacité d’analyse, un besoin de justice, une capacité de remise en question et d’adaptation : qualités indispensables à la co-construction d’un vivre ensemble.

Ils cherchent à s’engager dans leurs vies, à trouver des alternatives  pour un monde meilleur, pour une société plus juste, pour plus de beauté. Ils souhaitent voir leurs enfants évoluer à l’abri de certains principes sociétaux qui semblent diviser, développent l’égo et fragilisent la confiance en soi et en l’autre. L’idéologie des communautés que j’ai rencontrées porte sur plusieurs aspects ; Vivre en paix avec ses concepts politiques, sociaux, économiques et environnementaux ainsi que vivre en paix avec soi-même et de s’épanouir.

Un petit monde à part où le travail et l’effort sont des piliers fondateurs. Non dans ces lieux atypiques nous n’avons pas à faire à des «branleurs» !

 

Présentation du lieu ;

J’arrive à la fin du printemps pour la première fois.  J’ai un peu le tract ; je sais que je vais être face à un groupe, jamais facile à appréhender quand on vadrouille seule. Jamais facile, point. Mais je suis vite rassurée ; je découvre une soirée culturelle dans la «bargerie» une espèce de voûte en pierre où est diffusé un documentaire sur les violences policières dans les banlieues ; le ton est donné. La productrice est présente et répond aux nombreuses questions du petit public de convaincus …

Une adulte garde les enfants à l’abri d’images pouvant être violentes, mon fils à peine débarqué, est alors intégré à une gestion commune des plus petits ; le relais étant tellement précieux lorsque l’on est parent ; j’apprécie !

La bière coule à flots ; ils la produisent sur le site. Je visite ; tout semble ouvert, accessible, chaleureux. La grande maison offre une salle à manger collective,  une grande cuisine avec des immenses gamelles, une salle de couture et une salle de transformation des produits, le coin fumeur est entouré de livres, il est à côté d’un dortoir et d’une chambre où dort une des membres fixe de l’équipe des ‘permanents’. Salle de bains et laverie communes. Et un bureau – salle de jeux pour enfants. La maison est rustique, propre et vivante. Elle est située au-dessus d’une petite rivière, et est entourée de 12 hectares de terrains. Des fôrets pour faire du bois, une châtaigneraie, un hectare dédié au maraîchage biologique (utilisation de la traction animale), trois hectares de prairie pour les bêtes, et de nombreuses petites habitations atypiques ; cabane de hobbit, yourtes, caravanes aux milles couleurs, camions aménagés, bus et roulottes…

Les animaux sont respectés, et produisent un peu d’énergie de travail ( deux mulets, une jument de trait) ou un apport alimentaire (sept chèvres, une bonne poignée de poules) ou encore un soutien affectif ; ces chiens et chats aux regards doux et protecteurs qui témoignent de leurs grands cœurs…

L’ambiance de la soirée est bonne enfant, festive et politique. Les débats se veulent autour du militantisme, de l’engagement, du fait de se battre contre, ou de construire autrement. Les profils sont nombreux ; du jeune anar à sa copine banquière (si,si ; l’amour rend la tolérance accessible 😉 , du vieux hippie au jeune altermondialiste, du punk à la jeune maman, et des enfants courent un peu partout. Bien sûr le public est essentiellement de gauche…  Mais il y a des différences tant dans l’âge des participants, que dans leurs vécus, leurs attentes et leurs façons de se positionner dans le monde. II s’agit plutôt d’un milieu d’intellectuels qui cherchent, tâtonnent, se trompent, dérangent mais on le mérite de se poser des questions.

Ils ont conscience de n’avoir rien n’inventé ni dans les luttes, ni dans les solutions, n’empêche qu’ il s’agit d’une minorité et qu’il y a peu d’exemples auxquels se référer. Je souhaite saluer leurs courages à se tenter dans d’autres modèles, à essayer de dépasser les codes et cadres culturels pour tenter de vivre au plus près des valeurs qu’ils prônent, avec leurs expériences et leurs difficultés, leurs fragilités et leurs doutes.

Les jours qui suivent, je rencontre peu à peu quelques permanents du lieu ; certains sont là depuis le début, d’autres plusieurs années, certains sur le départ, d’autres sur l’arrivée.  Comment gérer ce mouvement permanent ? Ne pas vivre la sortie d’une des personnes du groupe comme un abandon, ne pas se sentir continuellement envahi par les nouveaux venus, vivre son individualité, faire fonctionner son couple ou sa famille dans un lieu de vie et de travail groupal ? Comment vivre avec le moins d’argent possible ? Comment partager les taches, la charge de travail, en respectant le rythme de chacun tout en trouvant un sentiment d’égalité ?

Eh bien, ils seront d’accord ce n’est pas évident.

C’est autour de la transformation de tomates en sauce entouré d’une petite dizaine d’adultes et d’enfants que je rencontre la fondatrice du lieu.

« J’ai grandi dans un milieu riche et urbain, confrontée à un monde que je ne comprenais pas, que je ne comprends pas. J’ai suivi des études de sociologie ainsi que de développement social ; ce qui m’a permis de partir à l’étranger dans des ONG. Notamment à Madagascar mais je ne me suis pas sentie à ma place ; devenir ambassadrice d’un système occidental auquel  je ne crois pas ne me convenait pas. J’ai donc décidé de partir à la découverte du monde et de mes envies à travers le voyage ; sans le sous, j’ai découvert d’autres façons de vivre, j’ai partagé des expériences, je me suis ouverte aux autres et à moi-même. C’est pendant cette période que l’idée a commencé à germer, le rêve a pris racine ; un lieu collectif ou des valeurs fortes seraient partagées ; un retour à l’essentiel, un besoin de participer au changement du monde, de «faire ma part» tel le colibri. Je découvre mon besoin de vivre à la campagne et prends conscience de la force du groupe. Je ressens qu’il est important pour moi de m’investir dans des projets à long terme ; à la fin du voyage je sens que mes envies sont plus claires mais ce n’est pas encore mûr. Je sais que je cherche quelque chose de différent, que la société actuelle aura du mal à me proposer.

Je repars en Allemagne ; impossible de rentrer en France où la tentation avec le confort proposé par mon statut professionnel et familiale serait trop forte et me tenterait à rentrer dans le chemin commun. La rencontre avec mon ancien amoureux qui lui aussi cherchait comment vivre autrement, en lien avec la nature et l’agriculture est porteur. Nous reprenons la route à la recherche des collectifs déjà existants afin de s’inspirer de leurs parcours et de vérifier nos intuitions. Puis j’ai touché un héritage. Le projet était mûr, l’argent rendait les choses possibles, nous avons trouvé ce lieu assez rapidement. Nous avons vécu plusieurs mois sans électricité, la toiture était à refaire mais le lieu était habitable. Nous avons d’abord été deux couples, puis des amis rencontrés en Australie nous ont rejoints. Le projet a été posé sur papier ; axe de travail, motivations, objectifs.

Les quatre premières années, il y avait moins de monde et pas d’activités professionnelles sur le lieu. Nous n’avions ni la force de travail, ni le matériel, ni les connaissances pour lancer le projet agricole ; cela a donc pris du temps et nous avons fait les choses petit à petit en fonction des moyens. L’arrivée du producteur de bières a amené un changement radical : la première activité économique. Ju est aussi le premier à envisager de vivre à l’extérieur de la grande maison. Aujourd’hui nous sommes autonomes en légumes la plupart de l’année, en pains, en bières, en œufs et bientôt en fromages. Sur le lieu existe aussi  l’école des bois, gérée par une autre association où les enfants évoluent dans un cadre naturel avec différentes activités éducatives proposées. Plus les activités du collectif ont pris forme, plus les gens ont parlé du lieu, plus le nombre de personnes de passage à augmenter. De toute évidence,  la tendance et l’intérêt pour les collectifs augmentent.

Avec le voisinage, les rapports étaient sympas dans un premier temps, la rénovation de ce lieu laissé à l’abandon a d’abord plu aux anciens du village. Ils ont vu d’abord pu évaluer le travail effectué. Mais les rapports avec certains voisins se sont détériorés. Avec les camions, les chiens, tous ces jeunes sans tunes, ces va et vient permanent ça a fini par en agacer certains.  Pour convaincre les plus réticents on fait des portes ouvertes, et on vend des produits à l’extérieur- pour valoriser notre image et se faire accepter. On souhaite aussi prouver que d’autres choses sont possibles, que l’on peut trouver des alternatives à une société qui nous semble assez destructrice, on se veut être un exemple et pour cela on a besoin de toucher des publics différents, de diffuser notre vision de l’agriculture, notre vision de la vie.

La plus grosse difficulté est la relation sociale, tout est perpétuellement en mouvement, il faut réinventer sans cesse les liens, la communication, les outils. Les tensions les plus vives sont souvent les plus difficiles à désamorcer. Comment anticiper les tensions, les empêcher de s’envenimer ?…    J’ai eu des fois des moments de découragement, j’ai eu envie de tout lâcher, mais à chaque fois j’ai choisi de nouveau de m’investir dans ce projet, parce qu’il y a du sens… Pour la vie de couple, en collectif, la préservation de l’espace individuel me semble primordiale. La vie du groupe peut prendre beaucoup de place au sein du couple.

Nous sommes en quête d’outils pour faciliter le vivre ensemble. On commence à percevoir les limites dû aux manques de dispositifs de communication ; l’hiver est particulièrement sensible, ce lieu enclavé, les émotions et fragilités de chacun qui s’expriment, c’est le moment d’être vigilant et d’éviter la cristallisation des conflits.

Malheureusement, il est difficile d’éviter complètement les  phénomènes de groupe notamment quand une majorité de gens travaillent dur, que d’autres sont moins efficaces, que les valeurs de travail et de densité d’efforts produits peuvent créer des faussés, un sentiment d’injustice. Alors on doit discuter pour comprendre les raisons ; croyances, états émotifs, il est important de prendre les éléments dans leur globalité.

On dispose d’une réunion par semaine pour l’organisation, et une par mois pour échanger sur les problèmes émotionnels et relationnels. La base reste la bienveillance. A la responsabilité de chacun d’identifier quand le manque de confiance ou de bienveillance apparaît.

On a pu être amené à demander à certaines personnes de partir, quand tu vis avec des gens tu ne peux rien cacher ; quand tu as des choses à régler avec toi-même, tu es obligé de t’y atteler. En collectif tu es amené à accueillir le regard de l’autre ; il faut être capable de se remettre en question, d’accepter les critiques, de travailler sur soi.

Certains lieux de vie choisissent des règles stricts ; pas de drogue, pas d’alcool, pas de tabac, pas de viande. Ici pas d’extrême et ça semble plus difficile à gérer.  Plus il y a de souplesse et de tolérance et plus le mouvement existe donc l’adaptation et le réajustement aussi. La seule règle ici est de ne pas fumer partout dans la maison, surtout pour préserver les enfants.

Concrètement nous fonctionnons sous forme associative, le lieu est prêté à l’association, les personnes participent à hauteur de 50 euros et l’association gère les frais communs  (Internet, téléphone, commande de nourriture, gaz…) L’argent des soirées permet d’investir (irrigation, matériels diverses). Les gens de passage de moins d’une semaine peuvent participer librement, pour ceux qui restent plus d’une semaine la participation aux taches partagées est demandé et la participation financière reste libre, pour ceux qui souhaitent s’installer sur le lieu nous avons une période de test de trois mois afin de vérifier que tout le monde peut s’y retrouver.

C’est difficile de trouver le juste milieu entre un lieu hyper ouvert et un lieu complètement fermé (maintien de l’équilibre ou acceptation du mouvement). Alors on pose quelques règles que l’on ne tient pas, parce qu’on est naturellement dans l’ouverture et la souplesse »

 

Conclusion :

C’est une épreuve quand les idéalistes se retrouvent confrontés au principe de réalité.  Les problématiques liées à l’égo, au respect de son espace, au besoin de reconnaissance. Les taches concrètes, le travail et l’intimité qui se trouvent liés au vivre ensemble, la recherche d’équilibre individuel et du groupe est un sacré challenge … Mais ce lieu semble franchir les différents obstacles et faire face aux difficultés avec ténacité.

Ces expériences de vie invitent à se poser de nombreuses questions ; philosophiques, sociologiques et psychologiques.

Entre les différents «moi sociaux» qui peuvent s’exprimer, les limites de notre culture individualiste, les différents masques que nous utilisons pour cacher nos émotions, nos convictions mouvantes, changeantes plus ou moins en harmonie avec le lieu partagé, et tout ce qui touche au subtil ; nos difficultés de socialisation, l’apprivoisement des uns et des autres, les difficultés à créer des points de rencontre, l’épreuve du temps…  Ce sont tant de point passionnant à explorer.

Albert Camus dit « Je me révolte donc je suis », pour lui, ce qui prouve que nous existons en tant qu’être humain, c’est la révolte face aux injustices. Résister à l’enlisement, au conformisme, à la folie du monde, aux aberrations politiques, au défaitisme, au fatalisme en créant des zones protégées ; pour l’environnement, avec les humains, en partenariat avec les animaux ; des petits espaces de liberté et d’épanouissement.

Serait-ce la une des solutions pour Demain ?

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