Voix des femmes Marocaines

Pendant mes recherches au Maroc sur l’évolution de la place de la femme, j’ai le plaisir de rencontrer de nombreuses associations ; Mains solidaire, Forum pour les femmes et l’égalité, Voix Marocaine, Action Féminine, L.D.D.F, A oum el banine…

Partout, je croise des femmes courageuses, engagées, dynamiques, tellement vivantes, vibrantes, avec cette énergie féroce que l’on retrouve chez les grands humanistes. Leur combat est profond, difficile et demande du temps, de l’endurance, de la force. Lumineuses, intelligentes, vives d’esprit, c’est toujours avec humour et tolérance qu’elles me parlent de l’ignorance et de la bêtise de certains de leurs compatriotes ; hommes, femmes, politiciens, religieux…

Elles sont au cœur d’un pays mouvant, ici ca bouge !  Le Maroc change à tous les niveaux à une vitesse incroyable. Politique, culture, religion, les changements sont nombreux. Les jeunes ont de l’espoir, la « niaque », ils ne lâchent rien ; ils veulent des droits, de l’égalité, du travail, un avenir. Et c’est avec cette douceur si particulière à cette culture, à ce pays, qu’ils mènent ensemble un combat vers plus de liberté.

Les missions de ces associations sont diverses ;

Ecoute et Orientation des femmes victimes de violence, Sensibilisation des jeunes à l’égalité, Lutte contre l’exploitation des femmes dans l’agriculture (condition de travail, horaires, sécurité sociale, harcèlements). Accompagnement des femmes vers la formation, vers l’alphabétisation…  Accompagnement juridique, social et médical (prévention des MST, IST, Cancers du sein et de l’Utérus). Ainsi que des plaidoyers qui veulent sensibiliser l’opinion publique, les autorités, les acteurs politiques et sociaux.

 

Un peu d’histoire avec le témoignage de Voix Marocaine  (Antenne d’Agadir)

Du coté du Sahara, où vivent des berbères, les femmes se nomment ‘tarmat ‘ qui se traduit par ‘chef de tribu’.  La place de la femme est forte, et il semblerait que les discriminations se soient accrues autour des années 90 ;

A l’époque, à Teroudannt , il existe un lieu où jeunes femmes et jeunes hommes peuvent se rencontrer afin de trouver leurs futurs conjoints. Malheureusement la coutume a été abusée. Ces endroits n’existent plus  dans l’espace public. La  femme divorcée était aussi mieux dotée ; on lui reconnaissait son expérience. L’égalité semblait faire partie de la culture des berbères avec comme valeur le respect de l’autre et de ses différences.

Dans les années 90 le ‘wahhabisme’ traduction des textes religieux par l’Arabie Saoudite vient diviser ; Le wahhabisme revendique que seul les hommes peuvent accéder au pouvoir, ainsi que la soumission de la femme, l’obéissance et la culpabilité.

Quelques dates :

Les femmes ont le droit de vote depuis 1963.

Le premier code des familles de 1958 à 1993 se veut particulièrement discriminatoire envers les femmes;  l’ascendance du mari sur son épouse est un des principes fondateurs, l’âge du mariage est de 15 ans, le père peut marier sa fille comme bon lui semble et la polygamie ainsi que la répudiation sont institutionnalisées.

Dès 1965, les premières voix s’élèvent sur la nécessité de reformer le code des familles.

Les premiers centres d’écoute sont crées dans les années 1990, projets menés par des intellectuels en s’adossant à la lutte pour le respect des droits de l’homme. Puis les femmes de quartiers issus de milieux plus populaires se mobilisent. Des caravanes sont alors organisées dans les milieux reculés, enclavés, ruraux afin d’observer les besoins et d’organiser le militantisme.

Une commission à Rabat est organisée, et en 1993, Hassan  fait les premières retouches du code des familles ; polygamie et répudiation sont plus difficiles à appliquer, ainsi que la garde des enfants  qui devient possible par l’épouse.

En 1996, les femmes obtiennent les mêmes droits en politique que les Hommes. Des centres d’écoute, d’accueil et d’orientation ouvrent sur tout le Maroc, et propose des formations et des cours d’alphabétisation.

En 1999, le nouveau gouvernement socialiste met en place un plan projet d’action national pour l’intégration de la femme et propose une reforme du code des familles en profondeur. Ce débat divise le Maroc ; Les associations des femmes, contre les conservateurs religieux, qui lisent le Coran comme unique loi des familles et loin du mouvement des réformateurs.

En 2000, deux grandes marches s’opposent ; les réformateurs contre les fondamentalistes.

En 2002, La mère dispose du droit de déclarer ses enfants (code civil).

En 2003, Egalité entre les sexes en matière de condition de travail (code du travail).

En 2004, le roi du Maroc Mohamed VI décide de trancher et de reformer le code des familles. La nouvelle Moudwana- est adoptée par le parlement.  Cette reforme marque un tournant  pour les femmes Marocaines. L’égalité est en marche autour du mariage et des enfants  (responsabilité de la famille et des enfants maintenant conjointe, âge minimum fixé à 18 ans pour se marier, partage des biens, polygamie contrôlée, possibilité pour les femmes d’obtenir la garde des enfants, droits à l’héritage, possibilité de divorcer, reconnaissance des enfants nés hors mariage, suppression des paroles dégradantes pour la femme écrites dans l’ancien code)

En 2011, la nouvelle constitution affirme l’égalité entre les hommes et les femmes « l’homme et la femme jouissent, à égalité, des droits et libertés à caractère civil, politique, social, culturel, et environnemental »… Une autorité pour la parité et la lutte contre toute forme de discrimination est alors créée.

En 2018, une nouvelle loi est adoptée apportant une nouvelle protection aux femmes victimes de violences. Les associations de défense de droit des femmes  reconnaissent là un pas supplémentaire du gouvernement mais regrettent certaines lacunes (concernant la mise à l’abri, l’accompagnement social et juridique, le devoir des autorités -police, procureur et magistrat, la lourdeur juridique…)

Depuis, le grand regret des associations est  que la loi concernant les violences faites aux femmes ne prenne pas suffisamment en compte les besoins recensés sur le terrain…

Les associations souffrent aussi de manque de moyen, elles ne bénéficient pas suffisamment d’aide financière de l’état. Le personnel d’écoute et d’accompagnement (psychologues, juristes, avocats, travailleurs sociaux) présents sur les lieux sont le plus souvent bénévoles ou faiblement rémunérés.

Les femmes osent de plus en plus franchir les portes de ces associations.  La culture marocaine qui invite à la discrétion concernant les violences conjugales est en train d’évoluer pour plus de droits. Le nombre fleurissant d’associations, de militantes mais aussi de coopératives féminines note la transition qui demande cependant à mieux s’organiser.

L’exemple de l’Association ‘A oum el banine’ ;

Il s’agit de la première association rencontrée qui assure une prise en charge quotidienne et globale des femmes en situation de vulnérabilité. Elle accueille des mères célibataires et leurs enfants.

Madame la directrice me confie rapidement les nombreuses difficultés rencontrées par l’association ; manque de moyen,  usure du personnel (qui est passé de quinze à neuf salariés au vu du budget). Elle se plaint de l’opposition des conservateurs qui crient à une association d’aide et de développement à la prostitution.

Le travail quotidien d’accompagnement social de nombreuses femmes s’appuie sur différents axes ;

-Prévenir la famille, faire un travail de médiation- de réconciliation avec la famille maternelle et le père de l’enfant dans l’espoir d’une reconnaissance.

-Soutien financier, alimentaire, vestimentaire, hygiène…

-Mise à l’abri en foyer ou accompagnement externe.

-Prévention des risques de la situation de vulnérabilité ; nourrice malveillante, vente des enfants, mère ou/et enfants qui se retrouvent à la rue, prostitution, maladies sexuellement transmissibles…

Quatre-vingt dix pour cent des enfants des rues seraient issus de famille monoparentale. La société civile refuse d’aider les filles-mères. Le poids des traditions et de la religion reste très fort dans ce domaine. Les jeunes femmes se retrouvant enceinte hors mariage portent la honte sur la famille et sont accusées de tous les maux. Alors que les hommes s’évanouissent dans la nature.

Les travailleurs sociaux du centre ont acquis de réelles compétences de médiation connaissant parfaitement le contexte culturel. Ils savent qu’il est parfois possible de venir à bout des jugements et d’éviter le déchirement familiale. Ainsi la jeune mère peut retrouver l’accompagnement de ses proches et la protection du clan.

La crèche accueille les enfants permettant à leurs mamans de chercher du travail, d’effectuer une formation, de trouver un logement. La directrice désespère de voir naître d’autres projets de ce type avec des crèches ouvertes 24 sur 24, 7 jours sur 7 protégeant l’enfant des dangers de la rue et permettant aux mamans de trouver des solutions.

 

Témoignage …  De l’engagement ordinaire au militantisme ;

Je rencontre Naidja ; je dirais qu’elle a 35 ans environ. Elle me montre les locaux d’une association qui ressemblent plutôt à un centre culturel pour femme. Il y a une crèche pour les mamans qui travaillent, payante. Et des activités proposées gratuitement pour les femmes : couture, massage, gymnastique, pâtisserie.

Naidja est une femme franche, cash, moderne.

Elle est épuisée de voir un Maroc à la vitrine superficielle ; elle me dit d’aller voir dans les campagnes et les quartiers.  Que les inégalités sociales et la pauvreté sont partout, et les conditions de travail très difficiles. Elle me confie qu’énormément de femmes auraient recours à la prostitution pour permettre à leur foyer de survivre. Les veuves, les mères célibataires étant les plus touchées mais aussi les femmes mariées notamment de familles nombreuses. Elle n’en revient pas de l’hypocrisie de son pays ; un pays aux deux visages dit-elle. La société civile rejette la prostitution de manière violente alors qu’elle serait finalement assez banale. La femme étant toujours jugée responsable, tentatrice, et l’homme se retranchant derrière le faite que ‘pauvre de lui’ il n’est qu’un homme…

Nous abordons l’implication de la religion ou de la tradition dans l’inégalité homme – femme : il est évident pour elle que sa religion est une religion de tolérance, d’égalité et de respect et que le problème est culturel et coutumier. Elle souligne la responsabilité des mœurs du Wahhabisme.

Pour  elle, le problème se pose avant tout dans la famille, où déjà l’homme est élevé en petit prince alors que la petite fille doit répondre à de nombreuses exigences. Elle regrette que l’inégalité soit apprise et transmise dès la petite enfance au cœur du cercle familial.

Dans l’espace public, dans le partage des taches ménagères, l’éducation des enfants, les études, la politique : rien ne représente l’égalité. Les hommes sont éduqués à décider, les femmes à obéir…

Nous abordons d’autres tabous comme le sexe hors mariage où la femme reste le plus souvent seule récriminée, ou encore des homosexuels qui sont victimes d’extrêmes discriminations –pire que les femmes – me dit elle, en riant.

Elle garde l’espoir d’un Maroc plus juste, plus ouvert, qui ne s’embellit pas que sur les grandes avenues touristiques, mais avec de vrais avancées sociales et économiques. Elle rêve de justice.

Nous parlons de sa dernière expérience professionnelle ; dans une entreprise d’import-export géré par un Syrien et un Marocain. Elle a travaillé dur pour finalement arrêter ne supportant plus le harcèlement permanent de ses collègues. Des loups, dit-elle. Concrètement, aucune protection juridique contre ce type de harcèlement ne lui a permis d’éviter de devoir quitter son travail pour préserver sa sécurité et sa dignité.

Naidja s’est gardé le choix de se marier par amour, et cherche un homme avec un niveau de conscience élevé. Elle assume son célibat avec détermination. Disposant d’un master en littérature arabe ; son esprit est critique, ses analyses sont fines. Cette femme, touchante, force au respect. Le célibat est un acte militant en soi ; respecter ses besoins et ses envies sans la contrainte du poids de la famille, de la société et de la tradition.

Elle finit notre discussion, en me confiant ce qu’il y a de plus important pour elle : rester fidèle à soi-même et avec un dicton arabe ; « les hommes qui traitent leurs femmes en princesse ont été éduqués par une reine ».

Des combats qui restent à mener;

-La scolarisation : Actuellement les filles vont à l’école jusqu’à la primaire dans les milieux ruraux, puis plusieurs possibilités s’offrent à elle ; les foyers (école des filles), encore rare et difficiles à accepter pour les familles (et ce malgré une campagne de sensibilisation qui proposait une aide financière ou alimentaire aux paysans s’engageant à mettre leurs filles dans ces écoles), le travail dans la maison ou aux champs, le mariage…

L’intégration de toute jeune fille dans une famille riche pour devenir petite bonne : « Il n’existe pas de chiffres officiels sur les « petites bonnes ». Mais selon une étude commandée en 2010 par des associations, on comptait alors au Maroc entre 66.000 et 80.000 domestiques âgées de moins de 15 ans. « Subissant des conditions de travail et de vie dégradantes », ces mineures sont le plus souvent originaires de la campagne et analphabètes, selon l’association de défense des femmes Insaf. » http://www.lepoint.fr/monde/au-maroc-le-calvaire-des-petites-bonnes-12-04-2018-2210123_24.php

Les enfants des rues : « Tant qu’il y aura des enfants qui dorment dans la rue au Maroc nous ne pourrons parler ni d’un état de droit, ni d’un pays digne des droits de l’homme », s’indigne une bénévole de l’association mains solidaire.

« En 2015, l’Observatoire national des droits de l’enfant estimait qu’ils étaient 25 000 à vivre dans les rues, dont un quart à Casablanca ». https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/04/19/au-maroc-les-enfants-perdus-des-rues-de-tanger_5287708_3212.html

Les femmes en situation de prostitution ; L’association voix Marocaine à Agadir a aidé une dizaine de femmes à  l’aide d’un micro crédit afin que ces dames puissent sortir de la spirale de la prostitution.

« On peut penser, que le nombre global de femme en situation de prostitution est aux alentours de 50.000 personnes soutenant financièrement chacune deux ou plusieurs personnes. Il y a donc un aspect socio-économique, un aspect de santé publique qui viennent s’ajouter au registre moralhttps://www.medias24.com/SOCIETE/155141-Prostitution.html

Les mariages des mineurs : « D’après les dernières statistiques relevées par les organisations locales, rien qu’en 2016, il y aurait eu environ 40 000 mariages de mineures. L’étude publiée récemment par les militants de l’association Voix de la femme amazighe montre que la plupart des décisions autorisant le mariage des mineures s’expliquent par le manque de ressources financières de leurs familles. Il s’agit donc d’une « exploitation économique d’une catégorie sociale vulnérable », estiment les auteurs du rapport. » L’âge du mariage est défini depuis la dernière réforme des familles en 2004 à un minimum de  18 ans mais le juge peut faire des exceptions. Il peut autoriser le mariage des mineurs si les deux parties sont consentantes.  Et  les chiffres sont éloquents ; le mariage des mineurs aurait augmenté de 18000 en 2004 à 39031 en 2011 d’après les chiffres d’Heinrich Boell Foundation.

Le travail des femmes :

L’association de la ligue de défense de droit des femmes de Larache au Nord du Maroc, ainsi que d’autres associations luttent contre les « abus constants concernant 80 % des femmes travaillant dans la fraise, de la violation généralisée de leurs droits de travail et ce malgré l’existence d’une législation nationale » grâce des rapports de situation et des caravanes de préventions et d’accompagnements.

Au Maroc, la contribution des femmes à l’économie reste faible. D’après le classement du World Economic Forum, le Royaume se positionne à 141e place sur 148 pays en matière de féminisation de l’emploi. Selon le rapport du Haut Commissariat au Plan (HCP) publié en décembre 2013, le taux de féminisation de l’emploi s’établit à 26,1 %. Ce dernier se monte à 31,4 % pour les cadres supérieurs et professions libérales et à 41,9 % pour les cadres moyens. Les secteurs les plus féminisés sont l’industrie textile, les services à la collectivité, l’agriculture, forêt et pêche et les services. http://www.cfcim.org/magazine/21470

Regard sociologique à travers le Livre « Au delà de toute pudeur » de Somaya Naamane-Guessous. La sexualité féminine au Maroc.

Ce livre a été écrit suite à une étude sociologique.  Deux cents femmes ont été interrogées issues de divers niveaux sociaux, d’éducation, et d’étude.  Il décrire la situation de 1990. Malgré une évidente et importante transformation de la société marocaine sur ces trente dernières années, ce bilan permet de mesurer de quel poids doivent se libérer les femmes d’aujourd’hui.

Le livre se décline en trois points ;

Avant le mariage, il semblerait que le cadre familial impose à la jeune fille une inégalité absolue ; le garçon reste le roi alors que la fille se doit d’aider sa mère, d’être parfaite en tout point et surtout de faire preuve d’une grande pudeur.  Son corps est dans tous  les cas sujet à la ‘hchouna’ (la honte) ; Les femmes pendant cette période découvrent leurs corps (règles, puberté, désir) de façon anarchique et avec une grande culpabilité. Les jeunes filles sont traitées comme des tentatrices, leurs corps accusés de tous les vices, sujet de tous les maux masculins.

Le mariage, semble être attendu, à l’époque il s’agit bien d’une des rares avancés sociales possible pour la jeune fille. Pour les classes les plus aisées, le mariage peut être choisi et l’amoureux fréquenté (avec ou sans relation sexuelle) avant le mariage. Mais la plupart  ne rencontre leur futur époux que le jour J. A cette période existe encore la défloration le jour de la fête avec l’obligation d’exposer le sang sur le mouchoir afin de prouver la virginité de la jeune épouse. La virginité est indispensable à l’honneur de la jeune fille et de sa famille. L’ignorance à son sujet engendre peur et confusion. Elle est source d’une grande angoisse dès son plus jeune âge.

Après le mariage, les femmes de niveau universitaire où l’amoureux a été choisi peuvent avoir la chance de  vivre une sexualité épanouie.  Les autres, que très rarement : manque de désir – voir dégoût pour le mari non choisi, culpabilité de prendre du plaisir ou honte de l’exprimer, impossibilité pour la femme de parler à son partenaire de ses préférences ; les raisons sont nombreuses…

En 1990, les inégalités et la violence de la femme envers son corps, son désir ainsi que la violence de la perception de l’homme envers la femme semble très largement majoritaire. Les femmes épanouies sexuellement restent très rares, et il semblerait que ce ne soit pas dans l’institut du mariage que des pratiques libérées puissent s’effectuer mais bien en dehors. Acte absolument condamné pour les femmes, mais toléré pour les hommes…

 

Rencontre de trois jeunes au Nord du Maroc.

La première chose qui me saute aux yeux ; alors que Fatiha est habillée à l’occidentale –jeans moulant, petit tee-shirt et ne porte pas de voile, son amie Faiza est en habit traditionnel ; djellaba et porte un foulard entourant son visage. Elles rient ensemble.

Fatiha est issue d’une famille libérée, sa maman est écrivain, professeur et a consacré une partie de sa vie à la défense de droit des femmes.

Elle parle parfaitement le Français, étudie l’économie et décrit un Maroc immergé sous un nouveau concept libertaire. L’amour est au cœur des problématiques adolescentes. Elle note un changement radical après 2011, où les femmes on enfin pu commencer à vivre comme elles le souhaitaient et le revendiquaient depuis des décennies: travailler, être autonome, choisir son mari, avoir des petits copains avec ou sans relations sexuelles avant le mariage, voyager, être traité à l’égale de l’homme, se sentir libre. Pour elle, le changement est en route et rien ne pourra l’arrêter.

Son amie Faiza est issue d’une famille traditionnelle dans le rif ; elle est arrivée première au baccalauréat et excelle dans son domaine ; la littérature et les langues. Elle a un petit ami, mais il n’est pas accepté par la famille. Sa famille envisage pour elle un mariage avec un de ses cousins, coutume dans ce pays pour protéger, notamment, le patrimoine familial. Faiza a déjà refusé un premier cousin, elle lui a simplement dit qu’elle n’avait pas de sentiment amoureux et il a retiré sa demande. Elle doit rencontrer un deuxième cousin cet été, et espère la encore pouvoir refuser la demande de son prétendant. Faiza veut un mariage d’amour et une vie moderne ; elle veut travailler et s’émanciper. Elle m’indique aussi que la virginité perd de son importance, que ceci devient confidentiel entre l’homme et la femme. Que les mentalités des jeunes hommes changent sur ce sujet. Mais il lui semble impossible qu’elle en parle directement en famille où  son grand-père dirige et décide.

Les deux filles se projettent dans des vies actives, et sont d’accord pour dire que les mères marocaines souhaitent un autre avenir pour leurs filles, loin des cuisines et des grossesses à répétition.

Et Hanna, 20 ans.

Hanna est issue d’une famille traditionnelle où la coutume est forte,  et va se marier avec un cousin inconnu cet été. Je lui dis que je suis triste pour elle. Elle me rassure et rit ; elle est heureuse de se marier ; elle a vu son futur mari sur internet, et lui parle au téléphone. Loin d’une romantique histoire d’amour, il lui plait suffisamment pour ne pas envisager de contrarier les plans d’un patriarche traditionnel. Et surtout ce mariage lui offre de nouvelle possibilité ; si son mari accepte qu’elle étudie ou qu’elle travaille ; les champs des possibles s’ouvrent à elle. Et elle déménage en Europe. Les femmes de la famille ainsi que les deux frères (25 et 18 ans) partagent des idées d’égalité et d’émancipation mais la loi du père règne dans la maison. Alors pour le moment, Hanna reste cloîtrée chez elle, à faire le ménage et à aider sa maman dans toutes les corvées quotidiennes. Elle n’a pas le droit de sortir. De son temps libre elle en profite pour se préparer avec soin avant chaque ‘rencart’ téléphonique avec son futur mari.

 

Conclusion de cette étude :

Globalement, le constat est fait qu’il y a de nombreux changements, mais avec des hauts et des bas dans la lutte des féministes Marocaines. Les femmes sont de plus en plus audacieuses, mais la société patriarcale du Maroc légitimé religieusement (par certaines interprétations du coran) et par les mouvements conservateurs (rassemblant des hommes et des femmes), ralentissent l’évolution vers plus d’égalité et de liberté.

Le manque de punition sévère contre le harcèlement ou la violence reste encore à déplorer.  L’observation que l’homme occupe encore beaucoup trop majoritairement l’espace publique et politique est partagée par toutes les associations rencontrées. Il semble important de noté la disparité entre ville et campagne, entre les différentes régions du Maroc.

Les réformes juridiques semblent avoir été le dénominateur commun permettant des améliorations dans la vie quotidienne des femmes ainsi que dans le militantisme associatif. Il reste à ajuster le système juridique et judiciaire aux nouvelles nécessités ainsi que les outils associés.

Les femmes se sont saisies avec ardeur de la liberté et de l’espoir d’égalité qu’a permis la reforme de la moudwana en 2004  ainsi que des autres textes législatifs qui ont suivi.

Grace à leurs courages, à leurs obstinations, au soutien de certains hommes et à l’énergie de la jeunesse on peut espérer de grande transformation à venir en termes d’égalité des sexes et d’émancipation de la femme.

Bien sûr, il reste du travail, et il faudra encore mener bien des combats tant sur le fond que sur la forme. Le défi se joue à de nombreux niveaux : politique et juridique, culturel et religieux, au cœur de l’esprit et de la conscience des citoyens et citoyennes.

Certains mouvements se radicalisent criant à la débauche occidentale. Il faudra aux humanistes, qui défendent des valeurs sociétales, telles que la liberté, l’égalité ou le droit de choisir sa religion ou simplement de la vivre librement encore beaucoup de force et de patience afin que ces valeurs puissent se partager, se propager, et éclabousser tout le Pays. Et ce pour atteindre un monde meilleur, plus juste où les femmes reprennent leurs places, leurs pouvoirs et ont l’espace de s’exprimer pleinement.

Un grand merci aux associations rencontrées et à l’énergie des femmes interviewées.

 

 

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